Une vraie découverte, révélée lors du dernier festival Bordeaux rock, le groupe La Force mené par la voix puissante et onirique de sa chanteuse Ariel ENGEL s’ accompagne d’un groove éclectique, et navigue entre soul, folk et Indie-pop…
Ariel Engel est une référence du Rock au Canada, et a collaboré à plusieurs projets et groupes de la scène canadienne : Broken Social Scene, Andrew Whiteman, Plants and Animals, Patrick Watson (devenu son mari par la suite). Elle apporte un son puissant et original teinté de toutes ses expériences musicales. Dans la douce ambiance d’avant son concert, elle a accepté de nous raconter ses croyances, son parcours, et ses projets.
SR : Bonjour Ariel, vous faites partie de la scène rock, rock-Indie au Canada depuis une bonne quinzaine d’années. J’ai lu qu’une de vos premières claques musicales a été le moment où vous avez entendu la voix d’Aretha Franklin sortir d’un haut-parleur.. Est-ce cette première rencontre artistique qui a guidé votre démarche artistique depuis? « Je ne pourrais jamais me comparer à son coffre, sa culture… on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, les expériences qu’on a! Pour moi, elle est une des plus puissantes « transmetteuses » d’émotion que je connaisse! Je pense que l’inspiration commence dès l’enfance, dès qu’on entend la musique. Ma mère travaillait chez un disquaire, elle pouvait ramener autant de disques qu’elle voulait, donc j’ai entendu vraiment de tout. Pour moi la musique c’est un langage universel, et ça n’a jamais été important que ce soit en anglais ou dans une autre langue que je ne connais pas…c’est d’avantage une espèce de transmission d’âmes. J’ai toujours adoré la musique ! »
Des sonorités atypiques, une rythmique hypnotique et entraînante , on retrouve dans votre musique de la puissance et de l’émotion. Le titre « Mama Papa » notamment dans le premier album « Force », est particulièrement émouvant. Il parle du deuil et de la mort, un thème qui revient souvent chez vous… » Quand j’ai écrit ce titre, je venais de devenir mère et je perdais mon père en même temps. J’étais entre deux mondes. Je voulais mon père et j’avais mon bébé qui avait besoin de moi c’est un peu comme un enfant qui pleure après ses parents. Cette chanson est un peu atypique dans le sens où la première partie est plutôt classique, et la deuxième partie, c’est un peu comme une liste de peurs, je déballais mes émotions. La peur de la mort, c’est un sujet qui m’a paralysée pendant longtemps. J’ai évité de chanter pendant très longtemps, et j’ai évité de monter sur scène, un trac fou… mais par la suite je me suis dit qu’il ne fallait pas non plus trop donner de pouvoir à la peur…Et après un gros deuil on a moins peur de la mort. «
Vous avez collaboré avec de nombreux Groupes et artistes (*Broken Social Scene avec Andrew Whiteman votre mari , Plants and Animals, Patrick Watson,…). Que vous ont apporté toutes ces rencontres ? Ont-elles participé à vous donner cette “Force” que vous chantez aujourd’hui ? Chanter avec BSC* m’a appris à prendre ma place car c’est un groupe qui est très grand avec beaucoup de guitares et beaucoup de sons, et qui demande une grande performance… La subtilité s’oublie dans ce contexte, donc j’ai appris à vaincre une certaine peur avec eux… avec Patrick (Patrick Watson), j’ai appris à chanter comme si on était des jumeaux, vraiment comme une personne et son ombre..c’est un super jeu qu’on a ensemble… il improvise et je le suis,ou il me suit quand j’improvise. C’est comme si on communiquait autrement, ce qui est vraiment bien. Celà vient avec les années d’expérience, mais ce que j’ai appris à travers toutes ces collaborations c’est de voir mon évolution… de voir qu’avec le temps, avec la pratique, je me connais mieux et je peux prendre plus de place…
En 2018, premier album solo, alors qu’il était prévu la réalisation du second album du projet Ao-ara avec votre mari… Est-ce qu’avant cela, vous n’aviez pas encore acquis cette « force », pour pouvoir vous lancer ? Je ne l’avais pas acquise et c’est pour cela que j’ai nommé mon album « La Force ». Je me suis nommée « quelque chose » de plus grand pour pouvoir remplir (ce projet). C’est aussi basé sur la carte de Tarot : La force, qui représente un lion, et j’adore cette image! Le lien entre l’instinct et le rationnel, c’est l’animal à l’intérieur de nous, et c’est aussi la gestion de cet instinct. La performance ou l’écriture d’une chanson ou d’une œuvre, c’est vraiment çà, les deux en fait… et aucun des deux ne prend le dessus, c’est la tension qui est toujours là…la Force en français c’est au féminin, c’est aussi un projet féministe, je suis féministe.

Du coup 5 ans après, vous sortez votre second album XO Skeleton, moins nostalgique, plus ancré dans la vie, même si la mort y est encore présente…
(Rires) Oui je pense que la mort est toujours présente, les connexions sont infinies avec l’image de la mort. Mais (dans XO Skeleton) le thème unificateur c’est plutôt le corps, le corps c’est le squelette, le squelette représente le corps, donc sans le squelette on ne pourrait rien faire, toujours cette tension entre la vie et la mort. Ça me donne un sens à ma vie de savoir que je viens de quelque part et que je serai quelque part. L’idée de l’éternité pour moi c’est vraiment l’enfer, penser que quelque chose est éternel c’est affreux ! …
Vos clips baignent souvent dans une ambiance psychédélique, des jeux de lumière, des couleurs mouvantes derrière lesquelles on vous distingue à peine. Cela semble entrer en résonance avec ce besoin de protection que vous évoquez aussi dans vos textes, notamment dans votre second album XO Skeleton … De quoi vous protégez-vous?
Ça dépend de la chanson. Le titre « exosquelette » évoque la carapace. En s’aimant on crée une espèce de de protection pour pouvoir confronter le monde, confronter tout ce qui va être difficile. J’aime ma fille et quand je la prends dans mes bras c’est parce que je veux la protéger, que quand elle part à l’école elle se sente protégée. Et c’est ce que les gens qui nous aiment nous laissent, ce genre d’exo-squelette, tout comme nos expériences de vie : on développe une sorte de carapace à l’intérieur de laquelle on vit. Donc protection, c’est un désir de protéger ce qu’il y a de mou et de sensible…
Un rempart contre l’adversité?
Oui c’est tout à fait çà!

Prochain album?… La force est toujours là ?
En ce moment tout est plus politique, plus chargé; c’est plus en rapport avec les temps dans lesquels on vit en ce moment, et ça parle de fracture… on ne peut pas être artiste et être nombriliste en ce moment. Il faut vraiment s’engager je pense, je le vois comme ça ! Là je m’engage un peu plus avec le climat géopolitique… les mauvais traitements des gens, les problèmes de classes. Ce n’est pas nouveau mais aujourd’hui ça s’est exacerbé. Avec tous les médias on ne peut pas faire semblant de ne pas savoir ce qui se passe. En tant qu’artiste on digère tout ça, même si tous les artistes ne sont pas obligés de le faire. Quand on écoute mon disque, on ne va pas nécessairement le voir au premier plan. Mais c’est ce qui m’anime en ce moment !
En assistant à ce concert de la Force en cette fin de Festival, où le groupe a livré différents titres extraits des deux premiers albums, j’ai pu voir à quel point le public bordelais a été conquis, alors on a vite hâte de découvrir ce troisième album…
Ce fut une belle note de fin du Bordeaux Rock festival 2025 !